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Jean-Philippe, 29 ans, est un ex-itinérant qui fréquente la soupe populaire. Depuis deux ans, il a arrêté de consommer afin de donner un nouveau sens à sa vie.

En marge de la Nuit des sans abris : Le visage de l’itinérance

lls sont plus d’une centaine à se rendre quotidiennement à la soupe populaire offerte à la Cathédrale de St-Jérôme. Ils s’y rendent pour nourrir leur corps, mais aussi leur esprit.

Jean-Philippe, 29 ans, mange sa soupe au chaud, dans le sous-sol réconfortant du 355, Place du Curé-Labelle. À l’œil, rien ne laisse croire que l’homme a passé des mois dans la rue. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, il perdait son emploi et se retrouvait sans le sou. «J’ai été congédié à cause de mes problèmes de consommation. Mais depuis deux ans, j’ai arrêté la drogue», jure-t-il. Avec un maigre 660 $/mois fourni par l’aide sociale, Jean-Philippe se dessine une nouvelle vie et profite de la soupe populaire pour socialiser «sans avoir à craindre les préjugés». Puis l’argent qu’il économise en mangeant gratuitement le midi lui sert à mieux se nourrir le soir venu.

Articulé, connecté sur l’actualité et visiblement cultivé, Jean-Philippe tente de sortir du cycle vicieux de la rue et de la pauvreté. Pour y arriver, il peut compter sur des ressources comme la soupe populaire. «L’organisme a récemment été menacé de fermeture. Mais si ça ferme, le niveau de criminalité risque d’augmenter, car si des gens à risque comme moi ne peuvent pas se nourrir, comment pourront-ils fonctionner? Et que feront-ils pour trouver de la nourriture», argumente-t-il.

Une vie rêvée transformée en cauchemar

Près de lui, Martin (nom fictif) est aussi assis devant une soupe. Comme Jean-Philippe, rien ne laisse présager l’histoire qu’il s’apprête à dévoiler.

Âgé de 51 ans, Martin est sobre depuis presque trois ans. Les quatre mois qu’il a passés à engourdir ses émotions dans les parcs de Montréal sont loin derrière lui et jamais plus il ne veut vivre un tel épisode. Pourtant, il se sait fragile.

«Quand j’ai quitté Montréal pour revenir à Saint-Jérôme, j’ai pratiquement dû attacher mes mains sur le volant de mon camion, explique l’ancien ébéniste commercial. Je suis revenu ici, car à l’époque, il y avait une pénurie de cocaïne, la drogue que je consommais. Je me disais qu’en ayant de la difficulté à en trouver, j’arrêterais». C’est ce qu’il a fait, mais non loin de lui vit toujours le démon qui cherche à briser la solitude et la douleur d’une vie qu’il aurait souhaité meilleure.

«J’ai un garçon de 21 ans. Je ne l’ai pas vu depuis 12 ans. Il est handicapé», laisse tomber le quinquagénaire. Au fil de la conversation, l’homme finit par raconter le sentiment de culpabilité qui l’habite depuis plus de deux décennies.

«À 29 ans, j’habitais avec Marie (nom fictif). C’était ma petite princesse. On avait une maison, un chien, etc. Je travaillais fort. J’avais mon atelier d’ébénisterie. Tout allait bien. Puis on a eu un bébé en santé, explique Martin, la gorge nouée. Un soir, alors qu’il avait cinq mois et demi, notre Jeremy avait de la difficulté à dormir. Je suis monté déposer une deuxième couverture sur lui en me disant qu’il finirait par s’endormir. Quinze minutes plus tard, quand je suis allé le voir, il était entortillé dans sa couverte…».

Les mois qui ont suivi, Martin et Marie les ont passés à l’hôpital, au chevet de leur garçon. Jeremy n’est jamais devenu l’homme qu’ils avaient imaginé. «Tout s’est arrêté ce jour-là. J’ai perdu beaucoup de poids. Je ne dormais plus… J’ai tout usé par les deux bouts», explique-t-il.

Heureusement, comme pour Jean-Philippe, Martin se nourrit d’espoir: l’espoir de se construire un nouveau demain. Pour y arriver, il peut compter sur la soupe offerte le midi qui remplit son ventre, son âme, mais surtout son cœur.

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