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Ila 03 Jean Robert

Photo Claude Cormier - Dr Jean Robert

Malgré 37 ans de lutte contre le VIH-sida…

«C’est aussi perfide, c’est aussi méchant…» — Dr Jean Robert

«Je suis tourmenté quand je vois les échecs de notre prévention…», lance le Dr Jean Robert, dans un cri du cœur.

Depuis 37 ans, le Dr Robert (spécialiste en microbiologie-infectiologie et en santé communautaire qui a reçu le mois dernier un doctorat honoris causa de l’Université du Québec en Outaouais) mène une bataille contre le VIH-sida, mais surtout ses conséquences sur ses patients, leur entourage et ce qu’il considère comme une méconnaissance de la population sur le sujet.

Quelque 37 années de combat pour lequel on a très peu progressé à certains niveaux, quant à lui.

Et le Dr Robert sait très bien de quoi il parle pour vivre jour après jour avec des patients porteurs du VIH et qu’il croise régulièrement, pour la plupart, à la clinique du Centre Sida Amitié de Saint-Jérôme. Clinique qu’il a lui-même mise sur pied et qu’il dirige avec un dévouement exemplaire.

«La catastrophe…»

Son premier cas de sida, le Dr Robert l’a traité, disions-nous, il y a 37 ans à Montréal.

«Mon premier patient, je l’ai reçu en juin 1980. Il s’agissait du deuxième cas déclaré au Canada. Les premiers cas, on les retrouvait tous à Montréal, dans la communauté haïtienne. On entend généralement parler du sida en termes de pilules. Vrai que des choses ont changé. Mais en bout de ligne, qu’est-ce qui a changé? Le premier patient, quand il a réalisé qu’il avait le VIH ce fut la catastrophe. Trente-sept ans plus tard, c’est encore la même chose. Ça va prendre encore des années. On fait semblant, mais c’est encore la même chose», note le Dr Robert au cours d’une allocution qu’il prononçait jeudi dernier dans l’enceinte de la Vieille-Gare de Saint-Jérôme alors que le Centre Sida Amitié tenait un événement pour souligner (le lendemain 1er décembre) la Journée mondiale du Sida.

Lui-même traité et isolé en sanatorium pendant un an pour une tuberculose, Jean Robert sait de quoi il parle quand il fait référence à une «maladie honteuse».

«Ça m’a pris 10 ans avant de parler de ma tuberculose. Quand tu te le fais confirmer (que tu es porteur du VIH), c’est la catastrophe. Pas juste pour les gens qui l’ont, pour l’entourage aussi. Ce qui est difficile, ce n’est pas la maladie comme telle, c’est le poids à porter, c’est la souffrance. Cette réalité, elle n’a pas changé. C’est aussi perfide, c’est aussi méchant…»

«Un jour, j’ai reçu dans mon bureau un père dont le fils était porteur. Il a pleuré. Il a vomi sa souffrance. Ce n’est pas uniquement la personne qui le porte qui souffre. Pour les proches, c’est la catastrophe. Ils l’ont socialement, familialement et ils ont la chienne de l’avoir biologiquement.»

Le dépistage

Aux yeux du Dr Robert, on n’insistera jamais trop sur le dépistage.

«Le dépistage n’a pas pour but de trouver des cas, c’est de faire la promotion de l’absence d’infection. Ce n’est pas facile d’aller chercher des budgets quand on n’a pas de résultats… L’importance du dépistage, ce sont les filles de la rue qui m’ont montré cela dans les années 90 (il œuvrait alors à l’hôpital Saint-Luc à Montréal) quand elles venaient chercher les résultats… Quand le dépistage ne se fait pas, on manque une occasion de faire de la prévention et d’augmenter la qualité de vie des gens qui ne sont pas infectés.»

Une autre façon de lutter contre le sida, c’est la prise de médicament. Quand il est question de cela, le Dr Robert hausse quelque peu le ton.

«Depuis le début des années 90, le médicament empêche le virus de s’implanter. C’est quoi cette réticence à le donner aux gens qui le demandent? Le médicament est extrêmement efficace.»

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